Au sortir d'une année passée en Suède, j'ai débarqué en mai 2010 dans la soucoupe, alors en plein décollage pour y exercer les postes de community editor et de journaliste. En septembre, je suis retourné sur les bancs de Sciences Po Paris pour y poursuivre mes études. Mais quitter la soucoupe fut plus dur que d\’y entrer, et je poursuis depuis lors une collaboration (très) régulière avec OWNI. Vous pouvez me lire sur twitter, mais aussi ici ou là.
Internet est un endroit rêvé pour les monopoles économiques. C’est en tout cas la thèse défendue par Tim Wu, professeur d’économie à l’Université de Columbia dans une tribune publiée dans le Wall Street Journal.

Wu part d’une constation très simple : il est très difficile pour un internaute lambda de se passer de Google, de Facebook, d’eBay ou de Twitter. Selon lui, c’est parce que ces entreprises bénéficient sur chaque secteur de marché d’un monopole quasiment parfait : Google sur la recherche, eBay sur les petites annonces, Twitter sur le micro-blogging ou Facebook sur les réseaux sociaux.
L’auteur rappelle que l’histoire des marchés de l’information aux Etats-Unis n’est fait que de monopoles ou quasi-monopoles : NBC, Paramount, AT&T en sont autant d’exemples historiques. A l’origine de cette tendance monopolistique, la théorie des réseaux, selon laquelle la valeur du produit s’accroît avec le nombre d’utilisateurs. Ici, le monopole est profitable aux entreprises, mais également aux utilisateurs.
Selon Wu, ces monopoles se sont donc renforcés avec le consentement et l’action des internautes, et rappelle qu’à la fin des années 90 il y avait une demi-douzaine de moteurs de recherche, et qu’il y a 10 ans les réseaux sociaux pullulaient. Pourquoi un seul et unique service a réussi à asseoir en dix ans une situation de monopole ? Parce que les bénéfices économiques, notamment en termes de rapidité et d’efficacité à court-terme, sont – anomalie économique – du côté du monopole. Nous ne voulons pas avoir le choix.
A la lumière de l’histoire des marchés de l’information et du divertissement aux Etats-Unis, il y a peu de chances que cette tendance au monopole s’affaiblisse, et il est probable que ces situations perdurent, même si les entreprises dominantes sont économiquement ou technologiquement affaiblies (cela peut expliquer la résilience de Myspace, encore quasi-incontournable pour les musiciens).
Même si l’auteur explique que nous nous situons encore dans “l’âge d’or” d’Internet et que ces situations de monopoles sont encore efficaces économiquement, il rappelle que sur le long-terme, le monopole est extrêmement néfaste car il étouffe toute innovation qui pourrait venir remettre en cause sa situation économique favorable.
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Lire la tribune dans le Wall Street Journal.
Crédit Photo CC Flickr : Sloth Rider.