Journaliste politique engagé et un brin utopiste, j'ai couvert la campagne présidentielle pour Marianne2.fr avant de m'ouvrir à l'économie. Enquêteur augmenté sur OWNI depuis septembre 2010, je cherche la petite bête dans les domaines de l'énergie, de l'écologie et des partis politiques.
Coprésidente d’Attac, Aurélie Trouvé juge que la mobilisation des jeunes durant la manifestation du 23 septembre est un signe très positif, celui d’une prise de conscience de la part de la population que le gouvernement craint le plus par sa capacité de mobilisation. Après une bataille des retraites « gagnable même après le Sénat », la militante altermondialiste voit dans la présidence française du G8 et du G20 le prochain combat où les jeunes pourront peser. Objectif : empêcher le président de la République de se refaire une virginité politique avant 2012.
Quelle place ont les jeunes dans le débat sur la réforme des retraites ?
Les jeunes sont la première cible de cette réforme : dans un contexte de chômage de masse à 10% où la productivité augmente et où la durée du travail s’allonge, ce sont les jeunes qui ont du mal à trouver du travail. De plus, vue le nombre d’années de cotisation et l’évolution de ce mécanisme, les jeunes peuvent se demander jusqu’à quel âge ils travailleront : 70 ans ? Plus ? Ce qui me rassure, c’est qu’ils étaient présents dans la mobilisation.
Quelle est la signification de la mobilisation de jeunes contre la réforme ?
Une mobilisation massive des jeunes serait la preuve que ce débat a dépassé la défense des intérêts des plus âgés pour devenir un élan de solidarité intergénérationnelle. Par ailleurs, il n’y a rien qui dérange plus le pouvoir que la mobilisation des jeunes car ils peuvent aller très loin et très vite : en une semaine, des collectifs peuvent se monter et les amener dans la rue en nombre. C’est cette détermination qui a fait tomber le CPE et, avec la réforme des retraites, certains signes montrent leur inquiétude : selon tous les sondages, les 18-25 ans sont la classe d’âge la plus réticente à la réforme. Ils sont conscients des risques et le gouvernement le sait : ce n’est pas un hasard si le débat a débuté avant l’été pendant les partiels.
Quel est le prochain mouvement où les jeunes pourraient peser ?
Jusqu’au Sénat, et même au delà, la bataille des retraites est encore gagnable. La prochaine bataille qui arrive, ce sera la présidence française du G8 et du G20. Nicolas Sarkozy va s’attacher à ces postes pour se refaire une virginité au niveau international alors que ces organismes sont précisément les organes qui poussent à la libéralisation, provoquant la remise en cause des droits sociaux… notamment de la retraite ! Tout est lié : ce sont les plans d’austérité consécutifs à la crise financière qui ont donné lieu à la réforme des systèmes de retraite. Or, dans les mouvements altermondialistes, les jeunes sont très présents et actifs, tous les contre-sommets du G8 et du G20 l’ont prouvé.
Nicolas Sarkozy ayant largement bénéficié en 2007 du vote de la frange la plus âgée de la population et, à l’aune de ce que vous expliquez, pensez-vous que les jeunes puissent être la clé de l’alternance ?
Il ne faut pas opposer les générations : Sarkozy n’est pas le président des vieux, c’est le président des riches, la lutte qui se joue est donc une lutte entre forces sociales. Traditionnellement, les jeunes votent plus à gauche, il est donc important qu’ils se mobilisent s’ils veulent avoir une influence. Par ailleurs, il faut qu’ils s’engagent et pas seulement dans des partis politiques : face à la remise en cause des acquis sociaux, il est essentiel que des jeunes prennent des responsabilités dans des syndicats. Ils doivent amener leur dynamisme et de nouveaux modes d’action, plus ponctuels que les grands mouvements de grève qui ont toujours leur place. Mais pour ça, les aînés doivent faire plus confiance aux jeunes et réfléchir avec eux.