Aides à la presse : la prime aux journaux sans pub et sans lecteurs (ou presque)

par Erwann Gaucher Le août 12, 2010

3 réactions
facebook share mail email A+ A-

Sur le même sujet

Le grand déballage des aides à la presse continue. Aujourd’hui, on découvre que les quotidiens nationaux les plus chers et les moins vendus ont une aide spéciale.

L’enquête participative lancée il y a quelques jours par la plateforme journalistique Owni a donné envie à quelques uns de regarder de plus près les différentes formes d’aides et autres subventions versées aux journaux. Et il y a de boulot tant le maquis est épais et la discrétion de rigueur en la matière.

C’est d’ailleurs dans une très grande discrétion qu’un décret passé le 5 août au Journal Officiel venant consolider un dispositif peu connu du grand public : l’aide aux quotidiens à faibles ressources publicitaires. C’est-à-dire ? En gros, qu’il vaut mieux être un quotidien vendu très cher mais à peu d’exemplaires, et avec une régie publicitaire peu performante pour être aidé.

Mis en place initialement en 1982 et pérennisé le 12 août 1986, le décret n°86-616 prévoit en effet une aide spécifique pour les quotidiens nationaux qui ne vendent pas assez d’exemplaires et de publicité.
C’est ainsi que les années précédentes La Croix, L’Humanité, France Soir, Présent et Libération ont pu bénéficier de ce fonds. Autant de journaux sous perfusions qui frappent chaque année à la porte pour obtenir discrètement cette aide, en plus du fonds de modernisation ou du SPEL.

Les conditions pour y avoir droit ?
- être un quotidien d’information politique et générale,
- être imprimé sur papier journal pour 90% au moins de leur surface (ça c’est pour exclure les magazines),
- paraître au moins 5 fois par semaine (ça c’est pour exclure les bi ou tri-hebdos qui existaient il y a quelques années),
- dont le prix de vente est inférieur à 130% du prix de vente moyen [pondéré par la diffusion annuelle en France des quotidiens nationaux d'information politique et générale, ledit prix de vente moyen étant calculé à partir du prix de vente au 1er janvier de l'année d'attribution de l'aide] (soit environ 1,60€ ce qui laisse quand même de la marge)
- dont la diffusion moyenne n’a pas excédé 150 000 ex.pendant l’exercice précédant l’année d’attribution de l’aide (150 000 ex. par an, pour un quotidien, cela représente moins de 1 000 ex vendus par jour…),
- dont les recettes de publicité ont représenté moins de 25% de leurs recettes totales.

Un fonds qui va donc être relancé en 2010, et doté de 9,155 millions € et pour lequel, selon La Correspondance de la Presse, Libération pourrait être le seul à atteindre la diffusion minimale de 50 000ex au numéro (quand même !). Pas vraiment un titre de gloire…

A lire également :
- Aides à la presse : le grand déballage ?

- Owni : aides à la presse, l’heure des fuites ?

Suivez nous sur Twitter et sur Facebook.