Les blogueurs anonymes sont “une bande de lâches” selon CNN

par Astrid Girardeau Le août 2, 2010

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“Une bande de lâches”. Ainsi la journaliste de CNN Kyra Phillips a t-elle qualifié les «blogueurs anonymes” il y a une semaine. “Ils disent des choses pourries sur les gens et on leur donne de la crédibilité, ce qui est dingue. C’est une bande de lâches, qui cherchent simplement à attirer l’attention” a-t-elle déclaré. Et son confrère, John Roberts de lancer : “Si vous critiquez quelqu’un sur un forum public, ayez au moins le courage de mettre votre nom !».

“Quelque chose doit être fait légalement”

Durant cinq minutes, les deux journalistes de la chaîne américaine ont exprimé leurs vives préoccupations sur ce qu’ils appellent «le côté obscur” d’Internet. Où n’importe qui peut poster n’importe quoi, diffamer et répandre des “fausses informations”. Il ne s’agit pas de liberté d’expression, mais “souvent de liberté de diffamation” a indiqué Kyra Philipps. “Quelque chose doit être fait légalement”, et ces gens tenus pour responsables a t-elle poursuivi, tout en attaquant les médias qui leur donnent “crédit ou crédibilité”. Et selon John Roberts, bloguer anonymement “a sa place”, mais seulement “si vous êtes dans un endroit comme en Iran ou en Corée du Nord ou quelque chose comme ça” où exprimer son point de vue peut vous amener à être jeté prison. Pas dans une société comme les Etats-Unis.

Le contexte de leur discussion est l’affaire Shirley Sherrod. Une vidéo postée sur le site du blogueur conservateur Andrew Breitbart prêtant à cette fonctionnaire du ministère de l’Agriculture des propos racistes. Il s’est révélé que la vidéo la citait hors contexte, lui faisant dire l’exact opposé de son propos. Andrew Breitbart n’est pas anonyme, et même plutôt célèbre dans le milieu politico-médiatique souligne Jim Henley. “L’anonymat n’a rien à voir du tout avec l’incident” critique TechDirt. Le site rappelle également qu’aux Etats-Unis (comme en France), il existe déjà des lois contre la diffamation.

L’anonymat, outil central des journalistes

De son côté, sur le site Salon, Glenn Greenwald montre comme les médias traditionnels, dont CNN, utilisent constamment l’anonymat — les sources anonymes — qu’ils critiquent tant. Pour le démontrer, il pointe simplement quelques articles publiés la veille. Ici le Washington Post citant un démocrate “qui a accepté de parler à condition de rester anonyme”. Là, le New York Times qui dans un même article cite “un ami de Clinton”, “quelqu’un qui connaît les Clinton depuis des décennies” (…) “qui n’a pas voulu être cité par son nom”, et enfin un anonyme “supporter des Clinton depuis longtemps”.

“C’est toujours étonnant de voir comment les journalistes de l’establishment, comme Robert et Philipps, aiment se répandre en injures contre les Maux de l’Anonymat sur Internet alors que l’anonymat lâche (…) est l’outil central de leur “profession” et de la classe politique qu’ils couvrent” commente Glenn Greenwald, tout en renvoyant vers ce qu’il qualifie ironiquement de “l’un des innombrables exemples montrant à quel point CNN déteste l’anonymat lâche”.

En France, alors qu’en mai dernier le sénateur Jean-Louis Masson déposait une proposition de loi visant à identifier les blogueurs, la semaine dernière la secrétaire d’Etat Nathalie Kosciusko-Morizet reposait la question “de la nécessité d’une prise en compte différenciée de la prescription pour les diffamations sur Internet”.

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