Une nouvelle victime collatérale du blocage de sites pédo-pornographiques

par Astrid Girardeau Le juillet 15, 2010

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Début juillet, l’opérateur mobile irlandais O2 a accidentellement bloqué le site IMGUR via son système de blocage de contenus à caractère pédo-pornographique, rapporte le site European Digital Rights (Edri). IMGUR est une plate-forme d’hébergement d’images et selon Edri : “il semble n’y avoir aucune indication selon laquelle il y avait, en effet, du contenu illégal hébergé sur ce site”.

« A l’occasion un site qui ne devrait pas être bloqué peut l’être »

“La technologie derrière le service (pour bloquer les images pédo-pornographiques) est plus radicale que prévue et à l’occasion un site qui ne devrait pas être bloqué peut l’être.” a indiqué O2 dans un document que s’est fourni Edri– semble-t-il uniquement donné aux personnes qui se sont enquis du problème — via Hotline.ie, un site visant à signaler les contenus illégaux en ligne, principalement pédo-pornographiques, soutenu et financé par l’association des FAI irlandais.

Comme dans d’autres pays européens, l’Irlande a adopté un système de filtrage des contenus pédo-pornographiques basé sur le volontariat des FAI et des opérateurs de téléphonie mobile via une liste noire de sites, indiquait récemment le gouvernement irlandais. Effectivement, c’est par exemple le cas au Royaume-Uni, où en décembre 2008, suite au signalement, puis à l’inscription sur une liste noire de l’url de la page Wikipédia affichant la pochette de l’album Virgin Killer de Scorpions, l’édition de l’encyclopédie en ligne a été inaccessible à la plupart des internautes anglais.

« Tous les systèmes de blocage ou de filtrage d’Internet ne sont pas infaillibles »

“Il est reconnu que tous les systèmes de blocage ou de filtrage d’Internet ne sont pas infaillibles et peuvent être contournés dans certaines circonstances”, poursuit le gouvernement irlandais. De nombreuses études, dont celle de la Quadrature du Net datée de juin 2008, montrent qu’en plus d’être faillibles, de telles mesures ont une «efficacité très limitée». En outre, elles pointent leur coût très élevé, les risques en termes de réseau et de durcissement des techniques utilisées par les pédophiles.

“Toutefois, poursuit le gouvernement irlandais, il est entendu que ces systèmes de filtrage sont utiles pour empêcher les utilisateurs d’Internet de rencontrer par inadvertance de tels contenus illicites. Soit le même discours utilisé par le gouvernement français à propos de l’article 4 de la loi Loppsi, qui prévoit le blocage d’une liste noire de sites par les FAI. Dans l’étude d’impact du projet de loi (pdf), le premier objectif annoncé est ainsi de“prévenir l’accès involontaire des internautes aux sites pédo-pornographiques. En cliquant sur un lien, un internaute peut se retrouver confronté malgré lui à un contenu pédo-pornographique. “

Le gouvernement irlandais indique que des discussions ont eu lieu sur “la possibilité et faisabilité d’introduire un système de filtrage en Irlande en particulier en ce qui concerne le contenu illégal pédo-pornographique”. Mais qu’aucune décision n’a été arrêtée sur la question d’un tel système obligatoire au niveau national.

«Faire en sorte que le blocage de l’accès soit limité au strict nécessaire »

Il note que, nonobstant, au niveau européen, un projet de proposition de directive relative «à l’exploitation et aux abus sexuels concernant des enfants et à la pédo-pornographie» (pdf) de la Commission européenne pourrait exiger des États membres une telle mise en œuvre. En effet cette directive, de la commissaire européenne Cecilia Malmström (Affaires intérieures), prévoit le «blocage de l’accès aux sites Internet contenant de la pédo-pornographie». Et précise, de manière floue, que «des garanties appropriées sont prévues, notamment pour faire en sorte que le blocage de l’accès soit limité au strict nécessaire».

“Certains ont exprimé leur inquiétude sur le fait que bloquer l’accès à des sites pédo-pornographiques est le début inévitable d’un processus conduisant à une censure politique. (…) La Commission n’a absolument pas envisagé de proposer le blocage d’autres types de contenus – et je serais personnellement très fermement opposée à une telle idée” indiquait en mai dernier Cecilia Malmström.

“Il est probable que d’autres blocages délibérés ou accidentels de sites Internet vont désormais se rependre en Irlande”, estime pourtant le site Edri. Il rappelle que, suite à des accords à l’amiable avec l’industrie du disque (via l’IRMA), Eircom, l’un des principaux FAI, a accepté de bloquer l’accès au site The Pirate Bay. Puis, avec d’autres FAI dont Vodafone, de tester un système de riposte graduée.

« Faciliter le retrait du contenu illégal sur Internet via une coopération public-privée »

Le site note également l’existence d’un appel à propositions (pdf) de la Commission européenne sur la “Prévention et la lutte contre le crime” qui prévoit notamment de “faciliter le retrait du contenu illégal sur Internet via une coopération public-privé ou de bloquer l’accès à la pédo-pornographie”.

Une nouvelle fois, se pose la question du glissement de tels systèmes pour des contenus illégaux autres que pédo-pornographiques.

“Le problème est que, depuis plusieurs années, on met toujours en avant la lutte contre la pédo-pornographie pour montrer que certaines pratiques sont possibles afin de chercher ensuite à les étendre tous azimuts”, nous indiquait récemment Cédric Manara, professeur de droit à l’EDHEC. On cherche à provoquer des mesures de filtrage ou de blocage pour des raisons exceptionnelles et impérieuses, et un jour venu on dit : ça existe pour ces contenus-ci, on doit donc pouvoir les étendre à ces contenus-là”.

Image : vanoccupanther CC

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